Le panda géant (Ailuropoda melanoleuca) est un proche cousin de l’ours brun. Il fait partie de la famille des ursidés, qui compose, avec d’autres familles, l’ordre des carnivores (Carnivora). Ces « mangeurs de viande », sont caractérisés par un système digestif bien spécifique. Et bien qu’étant adapté à la digestion de la viande, le panda géant mange quasi-exclusivement du bambou !

Revenons un peu sur les bancs de l’école et faisons un petit point sur la digestion ! Vous, le chien du voisin, un panda géant, une abeille ou une tulipe : tous les êtres vivants ont besoin de nutriments pour que leur organisme fonctionne correctement. Ces besoins primaires sont appelés besoins métaboliques. Les animaux ingèrent des proies de plus ou moins grande taille, des végétaux aquatiques ou terrestres ou des os, suçotent du sang ou parasitent d’autres organismes…  Cette diversité de régimes alimentaires au sein du règne animal va de pair avec une grande diversité de systèmes digestifs. Étudions-en deux : celui du renard et celui du lapin.

Illustrations des systèmes digestifs du lapin et du renard. Source de l’image : Veganweb.net.

Ce qui différencie principalement les herbivores des carnivores est la longueur du système digestif mais aussi la taille d’un appendice appelé caecum (cecum sur l’image). Il est situé au début du gros intestin et abrite une infinité de micro-organismes. Ces petites bactéries permettent de dégrader la cellulose, molécule trèèèèèèès longue, donc difficile à digérer et principale composante des végétaux. Le problème chez le panda, et chez tous les ursidés d’ailleurs, c’est que ce petit appendice n’existe pas ! Mais alors, comment se fait-il qu’il consomme du bambou, puisqu’il ne peut, a priori, pas l’assimiler correctement ?

Pour comprendre, regardons de plus près l’histoire des populations de pandas. A l’origine, les pandas géants investissaient tout le sud-est de la Chine ainsi que le nord des pays frontaliers, le Myanmar et la Thaïlande. Progressivement, sous la pression de leur environnement et des Hommes, les pandas géants se sont spécialisés dans la consommation de bambou. Les glaciations « consécutives » du Quaternaire, notre période géologique, ont entamé le déclin des populations de pandas en Asie. De plus, le développement des activités anthropiques de ces derniers siècles a poussé les individus à se réfugier dans les grandes bambouseraies du centre de la Chine des régions de Sichuan, Shaanxi et Gansu. 

Répartition des populations de panda en Chine. En vert, la répartition actuelle, en rose la répartition d’avant. Source : Han et al., 2019, Current Biology 29, 664–669 February 18, 2019.1

En s’installant dans ce nouveau milieu, les pandas ont dû adapter leur régime alimentaire : ils sont passés du steak de cervidés, riche en protéines, au bambou bien fibreux ! (Han et al., 2019).2 Ce végétal, plus qu’abondant dans son nouveau milieu et consommé par aucune autre espèce, est riche en cellulose et très pauvre en nutriments. Ce changement suppose plusieurs adaptations de l’organisme, physiologiques et morphologiques.

Tout d’abord, regardons leur système digestif. Il est resté identique… ou presque ! En effet, des micro-organismes sont venus se loger à l’intérieur de leurs intestins : streptocoques, entérocoques et autres. Ces petites bactéries permettent la dégradation la cellulose et la lignine, impossible à digérer en temps normal pour les ursidés. Les molécules résultantes de cette dégradation sont ensuite absorbées par l’organisme du panda (Leijin et al., 2020).3 Plusieurs adaptations morphologiques sont aussi visibles. Contrairement à la grande majorité des carnivores, le panda géant possède six doigts. Le sixième doigt étant un pseudo-pouce amovible qui lui permet de mieux saisir les branches. Au niveau de sa bouche, le panda a développé une mâchoire puissante, nécessaire à de longues heures de mastication, ornée de nombreuses dents larges et plates. (Fuwan et al., 2014).4

Photo du pseudo-pouce de panda géant. Source : sandiegozoo.org.
Photo d’un crâne de panda géant. Source : boards.straightdopes.

Malgré ces adaptations, tout n’est pas tout à fait au point. Le bambou étant très pauvre en nutriments, les besoins métaboliques du panda ne sont couverts qu’en mastiquant entre 15 et 20kg de bambou par jour pendant environ 14h ! Afin de préserver ce maigre apport d’énergie, les pandas bougent très peu pendant la journée et sont plutôt sédentaires. En plus de peu se déplacer, ce manque d’énergie cause des troubles au niveau des comportements sexuels : ils ont une libido très faible. Si faible que la survie de l’espèce est en grand danger, même au sein des parcs zoologiques. D’ailleurs, pour espérer un quelconque mimétisme de la part des individus, les parcs leur diffusent des vidéos « adultes » pendant les périodes de reproduction…

Les pandas ont donc évolué de manière improbable, adaptant leur physiologie mais aussi certaines parties de leur corps pour faciliter leur survie. Cependant, le changement de régime alimentaire a eu une influence sur le comportement des individus, qui ne sont plus capables de se défendre ni de perpétuer l’espèce sans intervention humaine.



  1. Han et al., 2019, Current Biology 29, 664–669, February 18, 2019 ª 2019 Elsevier Ltd. https://doi.org/10.1016/j.cub.2018.12.051. 

  2. Han et al., 2019, Current Biology 29, 664–669, February 18, 2019 ª 2019 Elsevier Ltd. https://doi.org/10.1016/j.cub.2018.12.051. 

  3. Leijin, Y. Huang, S. Yang, et al., Diet, habitat environment and lifestyle conversion affect the gut microbiomes of giant pandas, Science of the Total Environment (2021), https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2021.145316. 

  4. Fuwen Wei, Yibo Hu, Li Yan, Yonggang Nie, Qi Wu, Zejun Zhang, Giant Pandas Are Not an Evolutionary cul-de-sac: Evidence from Multidisciplinary Research, Molecular Biology and Evolution, Volume 32, Issue 1, January 2015, Pages 4–12, https://doi.org/10.1093/molbev/msu278. 

Floriane MAZZELLA

Floriane MAZZELLA

Enchantée ! Moi c’est Floriane et elle (le gros loup blanc sur la photo), c’est Gioia ! Elle me suit partout, un vrai pot de glue ! J’aime randonner, les animaux, bavarder et le chocolat. Communiquer autour de l’environnement me paraît aujourd’hui indispensable et est une tâche qui me tient particulièrement à cœur. Je suis ravie de partager cette expérience avec vous et espère avoir vos retours bientôt !