Parlons peu, parlons chien ! Rex, Maya et Chouchou communiquent entre eux avec un langage bien rodé et bien codé. Si bien qu’un œil peu exercé ne comprend généralement pas grand-chose à ces grandes discussions de chiens.

Faisons un petit point sur la communication canine. Le chien, comme l’Homme et tous les êtres vivants, ne peut pas « ne pas communiquer » [1]. C’est un processus essentiel à la survie de toutes espèces, sauvages ou domestiquées. On peut facilement imager ce propos avec l’exemple du fonctionnement d’une meute de loups en chasse, tâche pour laquelle la communication est primordiale : chacun a sa place, sait ce qu’il doit faire et remplit sa mission afin de capturer la proie.

National Geographic Wild France – Une meute de loups s’en prend à un élan. 28/04/2020. Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=_-v87eHwuFM

Mais revenons à nos fidèles compagnons.

  • «Si Rex remue la queue c’est qu’il est content» ;
  • «Maya grogne, elle est en colère» ;
  • «Chouchou a peur, regarde, il a la queue entre les jambes»

Tous ces comportements sont différentes manières, pour le chien, de communiquer avec ses congénères et ainsi les informer de son état. Nous définissons souvent les interactions entre chiens de la façon suivante : un chien est dominant ou soumis. Cela implique une relation de force, une hiérarchie stricte et inébranlable, que le chien dominant (ou alpha) impose. Cette relation de force suppose une escalade rapide de la violence, sans parlementation au préalable, si nous nous permettons d’anthropomorphiser un peu la situation. Or, Rex ne se couche pas par terre systématiquement lorsqu’il croise un chien alors qu’il est défini comme soumis, et Maya ne se bat pas toujours avec d’autres individus dominants.

Mais alors, pourquoi ce modèle de dominance, pourtant si ancré dans nos mentalités ne s’applique-t-il pas ? Pour Ian Dunbar, vétérinaire comportementaliste américain, la principale raison est que ce modèle s’appuie sur des études des meutes de loups en chasse. Or, nos chiens ne sont évidemment pas des loups et la chasse n’est qu’une toute petite partie (ou inexistante) de leur quotidien. Il utilise le terme de meneur (leader en anglais) pour définir l’individu au sommet de la hiérarchie. Ce meneur ne contrôle rien par la force, il n’en a pas besoin, il est sûr de lui et de sa position. Un chien agressif envers ses congénères se fera systématiquement destituer du sommet, voire totalement exclure par les autres [2].

Si ce modèle ne fonctionne pas, alors comment expliquer les interactions entre chiens ? Dans son livre, Barry Eaton en donne une alternative : la coopération. Il part du principe très simple que le chien cherche à tout prix à éviter les conflits, et que toutes les interactions sont régies par cela [3].

Et en effet, lorsqu’il y a une petite tension entre deux individus, elle peut être rapidement apaisée par des comportements spécifiques appelés signaux d’apaisement. Nos amis à quatre pattes les utilisent en permanence, avec nous et leurs congénères. Les situations dans lesquelles ces signaux sont utilisés sont diverses et variées : un chien inconnu s’approche trop vite de Maya, une personne pointe son appareil photo sur Rex, Chouchou est approché par un enfant bruyant qui fait de grands gestes … Maya, Rex et Chouchou vont pouvoir exprimer leur malaise via ces signaux, sans grogner ni mordre. Il n’y aura hypothétiquement violence qu’après l’émission de ces signaux. Tout dépend de la réponse de l’individu en face : si Chouchou grogne à l’enfant, peut-être est-ce parce que nous n’avons pas su détecter son inconfort lorsqu’il remuait doucement la queue, tournait la tête, se léchait la truffe ou baillait ?

Difficile d’expliquer sans, alors voici quelques exemples en image.

1. Se lécher le bout de la truffe

J’ai pointé mon gros appareil photo sur Gioia, elle a relevé la tête en se léchant furtivement la truffe. Peut-être l’auriez-vous remarqué, mais les photos de nos chiens sont souvent ratées à cause de ce signal ! Ce mouvement furtif de langue peut être utilisé lorsque vous tenez votre chien trop serré, que beaucoup de monde est autour de lui ou que le vétérinaire l’ausculte.

Gioia se lèche la truffe face à l’objectif de l’appareil photo. Source : Les écrins de Sirius.

2. L’appel au jeu

Cette position est une incitation au jeu, quand le chien ne reste pas figé. Lorsque le chien reste immobile, l’appel au jeu est considéré comme un signal d’apaisement. On l’observe notamment lors des rencontres, lorsqu’un des chiens est nerveux, l’autre essaie de détendre l’atmosphère en se positionnant ainsi. Certains chiens le font lorsqu’ils rencontrent un animal de plus grande taille, comme une vache ou un cheval, toujours avec le même but : montrer que nous venons en paix !

Chien qui fait un appel au jeu à un congénère. Source : http://www.ethogramme-chien.info/comportement/reverence.html.

Calipso se met en position d’appel au jeu. Source : Les écrins de Sirius

3. Bailler

Aaron baille face à l’objectif de l’appareil photo. Source : Les écrins de Sirius.

Dans les mêmes situations variées, le bâillement est souvent utilisé par les chiens. Ce signal est très facile à reproduire pour nous également ! Dans des situations où votre chien est inquiet, vous pouvez essayer de le regarder en baillant, il y a des chances pour qu’il se détende un peu.

Une trentaine de signaux d’apaisement ont été répertoriés dans le livre « Les signaux d’apaisement » de Turid Rugaas [4] mais il en existe probablement beaucoup plus ! Une fois que nous les connaissons, il est d’autant plus facile de comprendre nos animaux et d’adapter nos réactions.

Les chiens, qui sont des animaux de meute, ont un langage pour communiquer les uns avec les autres. Le langage canin est constitué en général d’une grande variété de signaux utilisant le corps, la tête, les oreilles, la queue, les sons, les mouvements et expressions. La capacité innée du chien à utiliser ces signaux est facilement perdue ou renforcée par les expériences de la vie. Si nous étudions les signaux que les chiens utilisent entre eux et les utilisons nous-même, nous développons notre capacité à communiquer avec nos chiens.

Turid Rugaas, Les Signaux d’apaisement, 2009.

Quelques signaux d’apaisement imagés par Lunëwen (2017). Lien vers le site : http://www.helene-pawsitive-solutions.com/les-signaux-dapaisement-calming-signals-2/.

Nous pouvons reproduire quelques-uns de ces signaux. Je vous l’accorde, « coucher les oreilles » ou « se lécher le bout du nez » n’est pas chose aisée pour nous autres, humains. En revanche, bailler, détourner la tête ou plisser les yeux sont largement à notre portée, et sont perçus correctement par nos compagnons à quatre pattes ! Finalement, c’est un peu comme apprendre une nouvelle langue, mais uniquement par notre gestuelle.

L’observation et la détection de l’utilisation des signaux d’apaisement chez les chiens permet de résoudre bon nombre de situations problématiques en éducation canine. Sans compréhension du langage de l’animal, il est aisé de faire des contre-sens dans l’interprétation de son comportement. Prenons un exemple. Dans son livre, Turid Rugaas raconte qu’un jour, pendant un entrainement en obéissance sportive [6], un chiot s’est déconcentré et est parti renifler des chiens qui arrivaient. Le maître, furieux, l’a rappelé très durement en le grondant. Le chiot s’est figé (un signal fort d’apaisement) mais son comportement a été interprété comme celui d’un chien têtu et désobéissant, devant recevoir une correction. Ici, la correction était inappropriée et aurait pu facilement être évitée si le maître avait adouci sa voix et s’était montré plus amical en l’appelant, au lieu de faire grimper la tension.

Que ce soit pour les interactions chien-chien, chien-Homme ou Homme-Homme, il est nécessaire de comprendre le langage de l’autre pour pouvoir émettre une réponse adaptée. Si nous ne faisons pas cet effort de compréhension, il est possible d’avoir des réponses totalement inappropriées (les quiproquos chez nous). Et pour comprendre, il faut commencer par observer avec attention et patience les réactions d’autrui. Donc à vos jumelles !

[1] Postulat de départ de l’école de Palo Alto, un groupe de chercheurs en théorie de la communication. Voici le lien vers un site qui détaille ses principes : https://www.communicationorale.com/les-differentes-approches-de-la-communication-orale/palo-alto/.

[2] Pendant une interview, Ian Dunbar, vétérinaire comportementaliste explique que le modèle de dominance chez le chien n’est pas réaliste. Lien vers l’interview retranscrite : http://www.chien-education-elevage.com/documents/hierarchie-et-dominance-par-Dr-Ian-Dunbar.pdf.

[3] « Dominance : Mythe ou réalité » / « Dominance in dogs : Facts or fiction ? », Barry Eaton, 2010. Dans ce livre, l’auteur décrit pourquoi le modèle de dominance lui paraît obsolète.

[4] « Les signaux d’apaisement : Les bases de la communication canine », Turid Rugaas, 2009. Ce livre répertorie les principaux signaux d’apaisement connus.

[5] Discipline canine qui consiste à faire exécuter une dizaine d’exercices précis au chien en un temps limité. Extrait du championnat de France 2012 à Caudry : https://www.youtube.com/watch?v=3f5bDgxvDJw.

Floriane MAZZELLA

Floriane MAZZELLA

Enchantée ! Moi c’est Floriane et elle (le gros loup blanc sur la photo), c’est Gioia ! Elle me suit partout, un vrai pot de glue ! J’aime randonner, les animaux, bavarder et le chocolat. Communiquer autour de l’environnement me paraît aujourd’hui indispensable et est une tâche qui me tient particulièrement à cœur. Je suis ravie de partager cette expérience avec vous et espère avoir vos retours bientôt !